Une hémorragie sévère sur un membre d’entreprise peut engager le pronostic vital en quelques minutes, bien avant l’arrivée des secours. Cela dit, une entreprise n’est pas une zone affranchie de toute obligation médicale. Elle doit organiser les premiers secours au regard de ses risques. Dès que l’activité expose à des coupures profondes, des écrasements ou des amputations, la question du garrot n’est plus théorique. À cet égard, former les équipes revient à réduire l’improvisation et à préserver un temps que personne ne peut récupérer une fois perdu. La démarche relève autant de la prévention que de la conformité règlementaire et, très concrètement, de la protection des équipes.
Hémorragie de membre : pourquoi le garrot doit faire partie des scénarios de secours ?
Face à un saignement externe mettant la vie en danger, les référentiels en vigueur confirment la place du garrot tourniquet. Les recommandations de l’ERC publiées en 2025, dans la continuité du consensus ILCOR, préconisent le recours précoce au garrot lorsque la compression directe s’avère inefficace sur une blessure de membre. Faut-il attendre que la situation se dégrade pour agir, ou préparer le geste qui stoppe réellement l’hémorragie quand la compression ne suffit plus ?

Dans les entreprises dont l’évaluation des risques révèle une exposition aux hémorragies de membre, les documents de l’INRS confirment que la dotation en matériel peut inclure un garrot tourniquet professionnel, à condition que le personnel soit formé à son usage. Savoir stopper une hémorragie n’est pas une compétence accessoire, c’est une capacité de réponse face à un évènement rare, mais potentiellement fatal.
Cadre légal : l’employeur doit organiser les secours et former selon les risques
Le Code du travail, à travers les articles R4224-14 et R4224-15, impose d’équiper les lieux de travail d’un matériel de premiers secours adapté à la nature des risques et facilement accessible. Il prévoit aussi qu’un salarié formé au secourisme soit présent dans chaque atelier où sont accomplis des travaux dangereux et sur chaque chantier employant au moins vingt travailleurs pendant plus de quinze jours. L’obligation ne se résume donc pas à une trousse « standard » : son contenu découle directement de l’évaluation des risques.

Sous l’angle de la responsabilité, le principe reste le même. Si un risque est connu et plausible, l’entreprise doit prouver qu’elle a agi, formé, équipé et organisé. Les sanctions ne se résument pas à un barème préétabli ! Elles dépendent des manquements constatés et peuvent être lourdes, y compris sur le plan pénal.
Pourquoi une formation intégrée au SST, adossée au bon matériel, constitue-t-elle la réponse la plus crédible ?
La formation la plus efficace s’intègre à une logique déjà structurée, celle du dispositif SST, avec des scénarios réalistes, une coordination avec les secours externes et des retours d’expérience réguliers. Le garrot, en particulier, demande une pratique encadrée, car l’objectif est l’efficacité immédiate, pas la démonstration technique. Le salarié formé doit aussi savoir distinguer les situations où la compression directe reste possible de celles où seul le garrot peut stopper l’hémorragie.

Une politique crédible associe formation et moyens concrets (matériel cohérent avec les postes exposés, accès rapide, procédures d’alerte claires et recyclages réguliers). Du reste, cette préparation renforce la culture de sécurité bien au-delà du secourisme strict, en clarifiant les rôles de chacun et en améliorant la qualité de la réaction collective. Quand un accident grave survient, la différence se joue rarement sur l’intention. Elle se joue sur la préparation.

